HISTOIRE SANS FREIN / PROFESSEUR NONOS

Le Professeur Nonos (de la faculté de BANOS) tente de répondre à la problématique suivante : comment un phénomène à l’origine si marginal que le brakeless a-t-il pu se développer jusqu’à devenir aujourd’hui la norme ?

Costard poisseux, lunettes épaisses et cheveux laqués, Professeur Nonos étudie assidûment à la médiathèque de son quartier. Il ne porte que peu d’attention aux marmots de bobos qui mangent leurs crottes de nez et aux clandos qui ont traversé la Méditerranée pour voler le wi-fi des français. Professeur Nonos est concentré.

Ses recherches portent sur l’Histoire du BMX, son domaine de prédilection. Il finit d’ailleurs le chapitre sur les années 1990, ces années fastes qui virent l’invention du street, les premiers trails…et le riding sans frein. Tentant de répondre à la problématique suivante : comment un phénomène à l’origine si marginal que le brakeless a-t-il pu se développer jusqu’à devenir aujourd’hui la norme ?

Vaste programme… mais Professeur Nonos, chercheur en science cyclopédique, est un spécialiste aguerri des questions épineuses. Il a la chance d’avoir été un observateur attentif de cette mode apparut au milieu des années 1990. Aux dires de certains témoins obscurs, aujourd’hui disparus, il y a même participé.
C’est par un beau matin de printemps 2019 que l’Histoire avec un grand H rattrapa le Professeur Nonos. En déplacement sur un trails légendaire du sud-ouest, il entendit s’échapper des bosses des miaulements et des petits pleurs égarés. Une portée de chatons abandonnée ? Non ! Bien pire. Des hombres errantes, les bras ballants, ne sachant plus où aller ; un groupe de jeunes gisait là, désemparé. Pour la première fois de leur triste existence, ces innocents avaient face à eux UN TRAIL EN DESCENTE. Ils déambulaient de gauche à droite, transparents, le regard vide et la peur au ventre, à la recherche d’un frein à se partager pour monter sur leurs cadres sans tasseaux.
Le front de ces misérables ruisselait de désespoir.

Fidèle à l’esprit de plus grands savants de son temps, Professeur Nonos resta humble et fit face. Il n’évoqua pas Chase Gouin et l’invention du FloatLand, ni son influence sur Butcher de Bethlehem, encore moins les premiers passages de Chase Hawk à Posh et à Catty malgré l’interdiction d’y rouler sans frein. Professeur Nonos se contenta de leur expliquer que le fil de fer tressé s’appelait en réalité un câble et qu’il fallait le faire coulisser adroitement dans un tube souple qui portait le joli nom de gaine. Le plus ingénieux du groupe se saisit alors violemment du levier de frein et se frappa plusieurs fois le crâne avec… ProfesseurNonos lui retira des mains et lui expliqua que cette pièce d’aluminium si finement usinée servait en réalité à actionner le câble et pousser les mâchoires contre les parois de la jante.

Face à tant d’ignorance, Professeur Nonos se retira. Adossé à un arbre un peu plus loin, il reprit la lecture de Voici des ailes, un roman de Maurice Leblanc, le créateur d’Arsène Lupin, publié en 1898. L’auteur y raconte l’histoire de 2 couples parisiens qui découvrent le plaisir de se déplacer sur cette nouvelle machine qu’on nomme bicyclette. Page 13, il lut :
« -Le frein, inutile ? Oui, on s’en est moqué, et puis on est forcé d’y revenir. Demandez à tous les gens sérieux.. ».


Article du Professeur Nonos
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